Du cordon ombilical aux biomatériaux intelligents : une seconde vie pour un déchet opératoire


La gélée de Wharton, extraite du cordon ombilical et jusqu’ici incinérée après chaque accouchement, révèle un potentiel exceptionnel pour cicatriser les plaies, combattre les infections et ouvrir la voie à la bio-impression 3D de tissus.
Des matériaux qui répondent, qui s’adaptent, qui protègent
L’axe biomatériaux et médecine régénératrice du laboratoire BIOS, dirigé par la professeure Halima Kerdjoudj, s’attelle à concevoir une nouvelle génération de biomatériaux multifonctionnels, capables de stimuler la réponse biologique adéquate pour réparer des tissus tout en limitant le risque d’infection bactérienne, le tout dans une logique de développement durable.
La gelée de Wharton : un trésor biologique
Si l’usage du placenta et des membranes amniotiques remonte aux guerres mondiales pour traiter les brûlures cutanées, un tissu voisin est resté longtemps dans l’ombre : le cordon ombilical. Pourtant, dès les années 1950, le sang de cordon était utilisé pour traiter certaines leucémies. Aujourd’hui, le projet DERIDAGE ne s’intéresse pas au sang, mais à la substance gélatineuse qui entoure les vaisseaux du cordon : la gélée de Wharton.
Son rôle physiologique est de maintenir l’intégrité du cordon pendant la grossesse, permettre au sang de circuler librement même lorsque le bébé se déplace et protéger les vaisseaux de l’écrasement. Elle est pour cela exceptionnellement riche en collagène et en acide hyaluronique : deux composants qui intéressent le projet DERIDAGE.
Du masque cosmétique au pansement médical
L’idée initiale était de développer des masques à base de collagène. Si cette voie est autorisée en Europe, elle est bloquée en France par une législation interdisant les dérivés animaux en cosmétologie. Face à ce verrou règlementaire, le projet DERIDAGE s’est réorienté vers les dispositifs médicaux implantables tels que les pansements actifs. Les gels développés ont été validés : ils recrutent les cellules réparatrices, réduisent l’inflammation et favorisent la cicatrisation des plaies et même des os.
Prochaine étape : la bio-encre imprimable
L’étape suivante est de rendre ce gel imprimable en 3D. L’objectif du projet DERIDAGE est de formuler une encre biologique, rhéofluidifiante, en conservant ses deux propriétés clés. Un film existe déjà ; il s’agit maintenant d’en adapter la formulation pour permettre l’impression couche par couche.
Partenaires : ICS, Université de Strasbourg (DR. F. Boulmedais, CNRS), LEM3 Université de Lorraine – projet ANR, HyCareMat (Dr. A.Baldit, UL ), LCMCP Paris Sorbonne, (Dr. N. Nassif, CNRS )